metro@lavoixdunord.fr tComme le foot.- La Ligue d'improvisation théâtrale de Marcq-en-Baroeul a commencé par les matchs d'impro. « On n'a pas besoin d'expliquer les règles, elles sont écrites, note Pierre Lamotte, coordinateur de la ligue. C'est équivalent au foot. On a joué avec des équipes venant d'Afrique ou d'Amérique et, deux heures après, on pouvait faire un spectacle ensemble. Grâce à des techniques d'écoute et de construction. » tEn route vers l'opéra.- « Dès la première année, on s'est rendu compte que l'improvisation s'adapte à tout et on l'a développée sous toutes les formes. On a une douzaine de spectacles de conception différente. » « Ce qui me plaît, c'est la mise en danger, confie P. Lamotte. Il y a une phénoménale montée d'adrénaline, notamment au Sébasto (où il ne jouera pas cette année). On est deux comédiens, le théâtre est plein à craquer, on ne sait pas quoi faire et on a envie d'échanger du plaisir... Dans la même soirée, on fera quinze personnages, avec des points de vue différents. J'adore jouer un gros con, un mec qui parle mal à sa femme, qui ne comprend pas son ado... »
La ligue marcquoise mêle les genres artistiques. « On aimerait arriver à faire un opéra, glisse Pierre Lamotte. Mais on n'a pas encore trouvé de chanteurs. » L'improvisation a gagné la danse, beaucoup moins l'art lyrique. « On cherche des chanteurs qui soient très bons en plateau, avec une simplicité, l'envie de vivre une aventure, mais qui soient aussi excellents en coulisses. On a besoin d'être en confiance avec l'autre. On cherche un peu la perle rare. » tSoin aux alcooliques.- « Il nous arrive de jouer dans un service thérapeutique d'alcoologie , dit P. Lamotte. On joue des situations de malades alcooliques, reprises par les psychologues. Ce que les patients voient, l'évolution de l'histoire les aide à réaliser beaucoup de choses. Pareil à la prison de Loos. L'expérience en alcoologie m'a beaucoup touché. Pour moi, un alcoolique était un pauvre type sans profession. Je me suis rendu compte que ça touchait tous les milieux, que c'est une maladie, que ça crée des problèmes familiaux et relationnels énormes. Et je ne joue plus pareil un alcoolique. » tEn entreprise.- La ligue marcquoise intervient en fin de séminaire, colloque ou convention d'entreprise. Par une impro de trois à cinq minutes. « Une entreprise peut nous sensibiliser sur un thème, les 35 heures, la hausse des salaires, le fait de bosser plus... On peut aussi refléter la crainte des gens, par exemple sur la précarité. On peut être les fous du roi. Ainsi, si l'entreprise déménage, on parle des stress, des aléas, du plus grand bureau... » tConseils aux avocats.- La fac de Lille II a demandé à la ligue d'intervenir auprès de futurs avocats. « On assure le module de formation "Gérer une situation inattendue", précise Pierre Lamotte.
Je joue un client qui ne reconnaît qu'une partie des faits, un client qui se met à pleurer. Jusqu'où peut-on aller quand on est avocat, et pas assistante sociale ? On sort un mouchoir, mais raccompagne-t-on la personne ?... Ces jeunes ont fait cinq ans d'études et ils n'avaient pas réalisé que les gens qui allaient venir dans leur cabinet ont des soucis. » En projet, une action similaire auprès d'avocats en exercice.
« Toutes ces interventions nous donnent une photo de la société, une culture. » Elles alimentent les personnages et leur justesse est donc aussi transmise aux autres. Un vrai cycle de la vie.