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dimanche 20 juillet 2008

La Métro en métro : ticket

 À Lille-Flandres transitent chaque jour 150000 voyageurs. :  La Voix du Nord À Lille-Flandres transitent chaque jour 150000 voyageurs. : La Voix du Nord

Il est tellement là qu'on ne le voit plus. Un compagnon du quotidien, un repère de l'évidence du beffroi ou de la Citadelle. Mais le métro n'a que 25 ans dans ses tronçons aînés. Un gamin. Mais un gamin dont on ne peut plus se passer. En janvier, nos lecteurs l'avaient couronné réalisation la plus importante de la communauté urbaine en quarante ans. Ça valait bien une balade estivale. Aujourd'hui, station(s) Lille.

PAR SÉBASTIEN BERGÈS

metro@lavoixdunord.fr PHOTO CHRISTOPHE LEFEBVRE

Hop, dans la bouche de métro. «  Son coeur ne bat plus ! », annonce tranquillement un formateur en secourisme devant un homme-tronc en plastoc, couché sur le sol de la station Rihour. Dans la rame, pas encore la foule. Les portes se ferment.

5 mn. Porte des Postes. Le patron du café Le Trotteur, devant les escalators, verse un caoua. «  Le métro ? Faut demander à Jean.

 » Jean, il est hameçonné par la retransmission d'un quinté. 34 ans qu'il habite là, juste à côté. «  Quelqu'un qui reviendrait aujourd'hui ne reconnaîtrait pas. » Lâché par les dieux de l'hippodrome, il déchausse les bésicles. «  C'était un petit rond-point, avec un agent qui faisait la circulation au milieu ! » Et puis, on a foré, des mois durant, et «  la grue faisait des interférences à la télé ». Depuis l'inauguration de la ligne 1 par Tonton (Mitterrand), en 83, puis de la 1 bis en 89, le rond-point, devenu noeud de transports, a poussé, et avec lui les sandwicheries. Serrurier, puis employé dans un ciné à Lille puis à Villeneuve, Jean a troqué sans peine la voiture pour ce train aux moeurs de taupe, à ses pieds. «  C'était tellement plus rapide ! » 3 mn. Porte d'Arras. Le VAL surgit au soleil comme un orvet, juste derrière Lille-plage. Le long de trois stations son viaduc gris barre l'horizon des riverains depuis 1989. C'était le deal. Passer par les quartiers populaires, d'accord, mais en aérien, plus économique. Sylla a emménagé dix ans plus tard. Vue imprenable sur les dizaines de wagons qui se croisent chaque jour, toutes les 4-5 minutes dans chaque sens. «  Au moins, ça ne fait pas trop de bruit », se console l'habitué du Lille-Roubaix, sur le pas d'une maison à la salubrité douteuse. Monté sur pneus, le VAL n'affole pas les décibelmètres. Mais il étire son lit de béton au-dessus des têtes, comme un ciel éternellement gris, n'étaient de rares affiches délavées.

Autour de stations qui font leur âge, on profite des recoins pour jouer au foot, boire des bières ou arrondir ses fins de mois. «  Hé cousin, tu veux du shit ? » Retour dans la rame porte de Valenciennes. Elle survole les tentes ravaudées et les caravanes blotties entre ses piliers, traverse un no man's land de voitures calcinées, qui fut la gare Saint-Sauveur.

6 mn. Lille Grand Palais. Dans un hall trop grand, Marianne, «  comme la République », cale son cabas pour composter.

La retraitée descend une station plus loin, d'où elle rejoint un supermarché. «  Autrefois, je prenais le tramway (prononcer "tramevé"), mais je préfère ça, ça va plus vite. » Il y a des décennies que le tram ne s'aventure plus dans l'enceinte des anciennes fortifications. On s'avise que le senior est rare dans le tube lillois. De l'appréhension ? Marianne se moque gentiment. «  Vous ne poussez pas un peu ? » 7 mn. Saint-Maurice Pellevoisin. On a laissé derrière nous Lille-Europe, son TGV, son Euralille, sa fresque de Jean Pattou aux perspectives à la Schuitten. Autour de la bouche de la station, des jeux pour enfants, des pigeons écoeurants, des maisons coquettes et Danielle qui repeint sa grille. «  Avant, à la place du métro, il y avait une station-service. » Arrivée en 1984, elle n'a pas oublié le chantier, le bruit, la poussière, quand le métro s'élançait vers le versant nord-est. Mais pas de méprise : «  Ensuite, quand il a été en marche, c'était extraordinaire. » Saint-Maurice était rattrapé au lasso par-delà le périph'. Comme, avant lui, les Bois-Blancs d'outre-Deûle. Trait d'union métropolitain, le VAL fait aussi le joint entre les quartiers de Lille. Ou les associées Hellemmes et Lomme. « On a des chambres étudiantes, c'est un plus pour eux, ajoute Sylvie. Avec le métro, ils sont à Moulins en quelques minutes. » Le peuple U a gagné d'autres latitudes estivales, mais son ombre plane sur des lignes nées, il y a un quart de siècle, pour rallier les facs naissantes de Lille-Est (Villeneuve).

5 mn. Correspondance pedibus jusqu'à Caulier. Patricia, un carton à la main, émerge de l'ascenseur. Elle s'est installée à Fives il y a 28 ans. «  À l'époque, il fallait une heure pour aller au CHR en bus. Le métro a fait un sacré changement. En 10 mn, je suis tranquille.

 » Agent hospitalier, elle est sur le quai, même le week-end. Malgré une agression, il y a longtemps. «  Le dimanche, à 7 h, il y a de la viande saoule qui sort de boîte... Mais il y a toujours du monde. » La fréquentation grimpe depuis des années, après le trou d'air de la décennie 90.

13 mn. Porte des Postes, à nouveau. Sur le chemin vers le CHR, terminus de la ligne 1, on a croisé Sylvie. De retour du Furet, elle récupère sa voiture sur le parking surveillé de Transpole. La Sainghinoise est une sorte de fan. Une inconditionnelle du VAL depuis ses études lilloises à Gaston-Berger. « Il y a eu, à l'époque, beaucoup de critiques. On entendait "Un chantier pareil, ça va donner quoi ?" Mais dès qu'il est arrivé, on ne pouvait plus faire sans. » Vrai. Sous la surface, la rame de la ligne 2 s'annonce par ce chuintement caractéristique. Le jour finit. Nos pénates sont à deux arrêts. Hop, dans la bouche de métro. •

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