Mort à Verdun, en 1916, Pierre Liard n'avait pas son nom sur le monument aux morts. : La Voix du Nord Hormis l'examen incontournable du compte administratif 2007, la dernière séance du conseil municipal était plutôt de celles qui permettent d'expédier les affaires courantes. Et puis, il y eut cette toute dernière délibération, étonnante, consacrée à un Poilu oublié... Tout est parti d'un coup de téléphone à Jacques Desmet, le président de l'Union nationale des combattants, section de Neuville : Alain Liard, adjudant-chef au service du Génie à Lille, demeurant à Neuville-en-Ferrain, l'appelait pour l'interroger sur un certain Pierre François Joseph Liard, né à Neuville-en-Ferrain, et mort à Verdun le 22 février 1916, au deuxième jour de l'attaque allemande. C'est en faisant des recherches sur un site Internet, pour établir l'arbre généalogique de sa famille, qu'Alain Liard avait trouvé la fiche de ce Poilu, lui aussi nommé Liard, mais sans lien avec sa propre famille. La fiche mentionne que Pierre Liard est « né le 29 novembre 1876 à Neuville-en-Ferrain, mort pour la France, tué à l'ennemi au combat de Verdun (Meuse), numéro de matricule 2998 au recrutement, Lille ». Il avait le grade de sergent au 243e Régiment d'Infanterie. La fiche indique encore : « transcrit le 10 mai 1916 à Paris (1er arrondissement) - dernier domicile à Neuville-en-Ferrain (Nord) ».
Mais le nom du Poilu tombé à Verdun n'apparaît pas sur le monument aux morts de sa commune... Après le coup de fil d'Alain Liard, Jacques Desmet entame des recherches sans tarder. C'est à la mairie, au service état civil qu'il effectue ses premières démarches et à sa grande surprise, on lui confirme bien la naissance de Pierre François Joseph Liard, le 29 novembre 1876, mais pas son décès. Pour les autorités neuvilloises, il n'est donc pas mort !
Contact est pris avec la mairie du 1er arrondissement de Paris, d'où provenait le document trouvé sur Internet : l'acte de décès est bien confirmé.
Pourquoi cet acte n'a-t-il pas été transmis à la mairie de Neuville ? Mystère ! Christian Desmet avance une hypothèse pour expliquer cela : « Neuville était alors de l'autre côté du front, c'est-à-dire côté allemand ».
On sait que ce soldat n'a pas de sépulture. « Il est mort sous les bombes, enfoui dans la tourmente », suppose Jacques Desmet. À ce jour, il ne sait pas si le Poilu qui vient de surgir des oubliettes de l'histoire a encore de la famille vivante, quatre-vingt-douze ans après les faits.
Il n'a retrouvé de lien familial ni chez les Liard de Neuville, ni chez les Liard de Roncq. Mais le président de l'UNC Neuville a progressé dans ses recherches. À l'état civil, il a retrouvé l'identité du père de ce sergent mort à Verdun. Il s'agit de Pierre Liard, décédé en 1935, à l'âge de 93 ans. Cet ancien tisserand domicilié au Triez des Prêtres, était, à son décès, le doyen de Neuville. Sa femme était Philomène Devoldre, de Reckem. C'est d'ailleurs dans cette commune que Christian Desmet va poursuivre ses recherches. Outre ce fils mort à la guerre, le couple avait eu trois enfants, un autre fils et deux filles, que l'on retrouve également à l'état civil.
Porté disparu pour les siens, le Poilu tombé à Verdun aura, de plein droit, son nom gravé sur le monument aux morts de Neuville. « À ce moment-là, on lui rendra l'hommage qui lui revient », précise le maire, Gérard Codron. D'ici là, on saura peut-être s'il existe encore des membres de sa famille... BRUNO DERAM ET CATHERINE QUESTROY (CLP)
> Le service culture recherche des documents sur 14-18, dans le cadre des journées du patrimoine des 20 et 21 septembre prochains. Tél : 03 20 11 67 11.
> Pour en savoir plus sur les soldats morts pour la France : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr