PAR MARC GROSCLAUDE
roubaix@lavoixdunord.fr PHOTOS PHILIPPE PAUCHET
Lors d'une audience en référé, par la voix de son avocat, La Redoute a réclamé « la levée du piquet de grève sous astreinte (500 euros par jours), si nécessaire en ayant recours à la force publique ». 28 salariés étaient convoqués. Fabrice Peeters, délégué syndical, et 27 autres, parmi lesquels 5 ont assuré ne pas avoir pris part au blocage au moment où l'huissier est passé. « Vendredi, à 7 h 15, j'étais à mon poste de travail », se justifie Cesina Memma, rentreuse d'approvisionnement, qui comme d'autres, fait grève selon ses possibilités.
Peu importe pour La Redoute. Le blocage doit cesser. « L'entreprise ne survivra pas encore plusieurs jours à cette situation. Les grévistes scient la branche fragile sur laquelle ils sont assis. » Car, assure Me Domaniewicz, « depuis plusieurs jours, La Redoute ne livre plus rien. Au-delà de la catastrophe économique, il y a un risque majeur de déperdition de la clientèle. » Parmi les salariés, on pouffe. Ceux à qui on a répété (et à la presse également) que jusqu'alors, les conséquences économiques de la grève étaient minimes, les voilà devant un tableau alarmant, une « entreprise en difficulté » et fatalement l'incapacité de satisfaire les exigences exprimées par l'intersyndicale. Pas de compromis possible. Et puis, enchaîne Me Domaniewicz, « cette année, les revalorisations sont supérieures à ce qui a pu être rapporté par voie de presse ». Donc l'essentiel a été proposé. « Ils ne sortent pas les mains vides contrairement à certaines entreprises de la vente à distance où les salaires sont gelés depuis des années. » « Si les négociations sont dans l'impasse, c'est parce que La Redoute a seulement anticipé l'augmentation du SMIC, a répliqué Me Califano, avocat des salariés. Le reste de la rémunération (l'avocat de La Redoute a affirmé que le salaire moyen des ouvriers était de 1 860 euros, ndlr), c'est aléatoire, versé une seule fois par an. Ça ne peut pas entrer en ligne de compte quand il s'agit de faire ses courses tous les jours. » L'avocat a fait un mea culpa sur l'illégalité du blocage : « On ne parvenait pas à combattre de façon licite une façon de se comporter de la direction qui ne l'était pas », a insisté Me Califano, évoquant le problème des intérimaires. Alors le blocage (sur lequel la justice doit rendre sa décision cet après-midi), « c'est une entrave qui répond à une autre de la part d'une entreprise qui empêche ses salariés de travailler dans des conditions décentes et dignes ».
Ce matin, l'inspection du travail, désignée par le tribunal comme médiateur dans ce conflit, doit persuader la direction de La Redoute et l'intersyndicale de trouver un terrain d'entente. Difficile de dire ce qu'il en sortira. « Le conflit laissera des traces, pronostique Jean-Christophe Leroy, le délégué CGT. On le vit de manière visible, car aujourd'hui la coupe est pleine, mais le dialogue social est très tendu depuis des années. »